dimanche 24 février 2008

Comfortably Numb

Cela faisait cinq ans qu’il se trouvait dans cette prison. Les mêmes murs noircis, la même lumière tamisée, le même silence lourd, la même ambiance pesante et surtout la même odeur de la mort. Il a pris gout à cette prison. Elle est devenue son monde, son unique monde. Ses rêves et ses souvenirs se tenaient ici et là près de lui.

Il a passé des jours entiers à discuter avec son passé, parfois même, à voix hautes. Le discours finissait toujours sur un désaccord. Son passé voulait toujours justifier ses erreurs, il voulait toujours se blanchir les mains de ses crimes. Alors, il finissait toujours par tourner le dos à ce passé incorrigible.

Il a passé des nuits entières à discuter avec son futur. Il lui présentait les plans de ses rêves, il voulait construire avec lui les maquettes de son imagination. Mais ce futur finissait toujours par devenir hystérique. Il a tout démolit des centaines de fois, déchirant de ses mains ses merveilleux plans, piétinant de ses pieds ses modestes constructions, laissant en lambeaux ses espoirs et ses croyances.

Alors, il s’éloignait d’eux pour s’adosser au mur en jurant de ne plus leurs adresser parole. Mais c’était eux ou la mort qui le guettait depuis son coin. Il haïssait le fait de croiser son regard cruel : il sentait qu’à chaque fois son sang se figeait.

Il a cru chaque jour qu’il allait perdre la raison en cette compagnie malsaine. Mais son cerveau tenait bon pour allonger encore ses souffrances. En réalité, à la longue, il commençait à apprécier leur compagnie plutôt que cet étrange monde en dehors de sa cellule.

Soudain, sa cellule est envahie par la lumière. C’était un ami qui a ouvert la porte de sa chambre :

-Veux- tu sortir prendre un café?

-Non, merci. J'ai des trucs à faire.

La porte s’est refermée. Le revoilà prisonnier.

jeudi 14 février 2008

Part 3:

Cela faisait des heures qu’il arpentait ce chemin, toujours rien à l’horizon. Il trainait ses pieds en essayant de penser à ce qu’il venait de lui arriver. Mais ses idées étaient floues. Il essayait de se concentrer mais rien à faire, il ne comprenait rien. Sa patience commençait à montrer le bout mais comme il n’avait pas le choix, il a continué à marcher. Encore et encore sur cette drôle de route toute rectiligne, sous ce ciel sans soleil, avec ses innombrables questions.
Mais qu’est ce qu’il a commis comme faute pour se retrouver ici ? Etait-il en enfer ? Se retrouverait-il en fin du chemin parmi les diables dans un eternel feu ? Il a essayé de chasser ces idées de sa tête. Il a essayé de trouver des réponses rationnelles. Rien de logique ne lui venait à l’esprit. Rien qui mettrait une fin à toutes ces questions. Rien qui anticiperait ce qui va lui arriver.
Il avançait tout en étant absorbé par ses idées. Il n’a pas remarqué que la fin s’approchait. Il a atteint un ravin .Cette route donnait sur un ravin. Il s’est étonné : tout ce chemin pour finir ici ! Mais ça n’avait aucun sens. Puis s’est rappelé que toute son histoire n’avait pas de sens.
Devant lui, une mer infinie embrassait l’horizon. Une mer calme sans vague. Il a levé les yeux et il a vu des mouettes qui tournaient en rond. Les sons qu’elles produisaient lui paraissaient paisibles. Elles étaient libres. Elles volaient comme bon leur semblait, alors que lui devait supporter le poids de ce corps étranger. Une brise venait lui caresser le visage. Une étrange sensation lui montait tout le long du corps. Soudainement, il se sentait léger. C’était une drôle de sensation. Elle avait effacé toutes les questions de sa tête. Il se sentait de plus en plus léger. Il ne cherchait plus de réponses. Il vivait juste l’instant.
C’était tellement plaisant. Tout était clair dans sa tête. Il ne pouvait détacher le regard du paysage. Il se tenait très haut et il avait la sensation que tout ce qui se trouvait devant, lui appartenait, à lui et à lui seul. Une bouffée de chaleur envahissait son torse puis sa tête. Il avait compris pourquoi il a finit ici. Plus rien de ce qui était derrière ne l’intéressait plus. Il a avancé vers le bord. Là, Il s’est arrêté une dernière fois pour respirer cet air frais et pour sentir cette délicieuse brise. Puis, il a ouvert les bras et a sauté.
Sa descente lui paraissait interminable. Il continuait de descendre. Il se croyait voler alors qu’il tombait. Et puis plus rien. C’était le noir total.
Il a ouvert les yeux. Ils lui faisaient mal. La lumière lui semblait aveuglante, puis ses yeux se sont adaptés : Il se tenait dans un lit entouré d’appareils. Il a tout compris. C’était un lit d’hôpital. Et là, tout lui est revenu à l’esprit : son passé misérable, son boulot insignifiant, sa fuite du réel, son accident. Il venait surement de sortir d’un coma. Après avoir tout compris, il a laissé échapper : « Merde, je suis encore vivant ».