Cela faisait cinq ans qu’il se trouvait dans cette prison. Les mêmes murs noircis, la même lumière tamisée, le même silence lourd, la même ambiance pesante et surtout la même odeur de la mort. Il a pris gout à cette prison. Elle est devenue son monde, son unique monde. Ses rêves et ses souvenirs se tenaient ici et là près de lui.
Il a passé des jours entiers à discuter avec son passé, parfois même, à voix hautes. Le discours finissait toujours sur un désaccord. Son passé voulait toujours justifier ses erreurs, il voulait toujours se blanchir les mains de ses crimes. Alors, il finissait toujours par tourner le dos à ce passé incorrigible.
Il a passé des nuits entières à discuter avec son futur. Il lui présentait les plans de ses rêves, il voulait construire avec lui les maquettes de son imagination. Mais ce futur finissait toujours par devenir hystérique. Il a tout démolit des centaines de fois, déchirant de ses mains ses merveilleux plans, piétinant de ses pieds ses modestes constructions, laissant en lambeaux ses espoirs et ses croyances.
Alors, il s’éloignait d’eux pour s’adosser au mur en jurant de ne plus leurs adresser parole. Mais c’était eux ou la mort qui le guettait depuis son coin. Il haïssait le fait de croiser son regard cruel : il sentait qu’à chaque fois son sang se figeait.
Il a cru chaque jour qu’il allait perdre la raison en cette compagnie malsaine. Mais son cerveau tenait bon pour allonger encore ses souffrances. En réalité, à la longue, il commençait à apprécier leur compagnie plutôt que cet étrange monde en dehors de sa cellule.
Soudain, sa cellule est envahie par la lumière. C’était un ami qui a ouvert la porte de sa chambre :
-Veux- tu sortir prendre un café?-Non, merci. J'ai des trucs à faire.
La porte s’est refermée. Le revoilà prisonnier.